Lisez le texte. Servez-vous d’un dictionnaire, s’il le faut.
Elle se sentait affreusement seule!
Seule, en cette humide journée de novembre, la miniature de Holbein¹ avait pu attirer à la salle Vernon tant d’amateurs et de marchands. Car elle surpassait de beaucoup, en intérêt et en valeur, les autres objets mis en vente. Elle était du reste très connue sous le nom de «La Dame aux œillets».
La longue galerie était pleine à craquer lorsque, à quatre heures et demie précises, la miniature fut mise aux enchères. Les premières offres commencèrent à deux mille guinées et montèrent très vite à cinq mille. La compétition se poursuivit. Deux concurrents sérieux s’affrontaient: Bernard Rubin et Catherine Lorimer…
Le commissaire-priseur proclama: «Neuf mille huit cents». Mais, cette fois, Robin avait dit son dernier mot. La limite qu’il s’était fixée était dépassée, et sa figure prit une expression d’indifférence stoïque.
— Neuf mille huit cents pour la première… pour la deuxième, répéta le commissaire-priseur.
— Neuf mille huit cents pour la troisième fois. A miss Lorimer!
Ces dernières secondes lui avaient paru interminables. Elle s’était juré d’avoir cette miniature et, si Rubin avait enchéri encore une fois, il l’aurait contrainte à se déclarer vaincue.
Elle rentra dans sa chambre. La pièce était tranquille et ne contenait que quelques meubles choisis avec goût.
Elle évoquait le temps de ses débuts, se revoyait, jeune fille de dix-sept ans, alors qu’elle venait de quitter l’école... Elle n’était alors qu’une timide petite dactylo dans un bazar de catégorie supérieure. On lui avait accordé une place d’apprentie, parce que son père connaissait l’un des propriétaires.
Mais malgré cette recommandation, chaque fois qu’on lui adressait la parole, elle était prise de tremblements.
Depuis lors, sa vie avait bien changé. Elle dirigeait maintenant la maison «Antica» et était réputée pour son goût et sa compétence. On la considérait comme une spécialiste dans les installations de styles anciens, dans toutes les questions touchant aux arts décoratifs et à la peinture. Peut-être bien était-elle, de toutes les femmes du monde entier qui font commerce d’antiquité, la plus connue? Tout cela, pourtant, n’éveillait en elle que de sombres pensées.
Si elle avait réussi, c’est qu’elle était douée d’une volonté de fer, qu’elle avait serré les dents, et résolument tout sacrifié. Pour faire sa carrière elle avait imposé à son jeune cœur craintif la discipline la plus sévère et les plus dures privations. A tout prix elle avait voulu arriver, devenir quelqu’un.
Elle avait maintenant atteint son but et son orgueil était satisfait. Mais hélas! Comme tout, en fin de compte, lui semblait creux et vain.
A.-J. Cronin, La Dame aux œillets, traduit de l’anglais par Paul du Bochet
Pour mieux comprendre:
mettre aux enchères — выставлять для продажи на аукционе (форма торгов, ведущаяся в соответствии с определёнными правилами, на которых продаются предметы искусства, объекты недвижимости и иные товары).
guinée f — гинея — английская, затем британская золотая монета, имевшая хождение с 1663 по 1813 г. Впервые отчеканена в 1663 г. из золота, привезённого из Гвинеи, отсюда и появилось её неофициальное название.
commissaire-priseur m — аукционист, человек ведущий аукцион и контролирующий соблюдение правил торгов участниками аукциона.
il l’aurait contrainte à se déclarer vaincue — он вынудил бы её признать себя побеждённой.
Hans Holbein le Jeune est un peintre et graveur allemand (1497-1543). Il est l’un des peintres les plus importants de la Renaissance.
Заглавие Elle se sentait affreusement seule! означает «Она чувствовала себя ужасно одинокой!». Сначала описывается покупка миниатюры, затем героиня вспоминает начало карьеры и оценивает достигнутый успех.
La galerie était pleine à craquer — «галерея была переполнена». Оборот обозначает очень большое число посетителей. Mise aux enchères — «выставлена на аукцион»; enchérir — повышать предлагаемую цену.
Avait dit son dernier mot — «сказал своё последнее слово»: соперник больше не повышал ставку. Catherine купила картину за neuf mille huit cents guinées —
Une timide petite dactylo — «робкая молоденькая машинистка»; une place d’apprentie — «место ученицы». Героиня начала работать в семнадцать лет, получив место благодаря знакомству отца с владельцем магазина.
Était réputée pour son goût et sa compétence — «была известна своим вкусом и компетентностью». Теперь она руководит фирмой «Antica» и разбирается в старинных стилях, декоративном искусстве и живописи.
Une volonté de fer — «железная воля»; les plus dures privations — «самые тяжёлые лишения». Эти выражения объясняют цену её успеха.
Creux et vain — «пустым и напрасным». Финал показывает, что профессиональный успех и удовлетворённая гордость не избавили Catherine от одиночества.
La miniature de Holbein attire beaucoup d’amateurs et de marchands à la salle Vernon. Catherine Lorimer l’achète aux enchères pour neuf mille huit cents guinées. Dans sa chambre, elle se rappelle ses débuts comme apprentie et dactylo. Maintenant, elle dirige la maison «Antica» et elle est connue pour son goût et sa compétence. Elle a réussi grâce à sa volonté de fer et à de grands sacrifices. Pourtant, elle se sent affreusement seule et sa réussite lui paraît creuse et vaine.
Перевод: Миниатюра Гольбейна привлекает в зал Вернон много ценителей и торговцев. Кэтрин Лоример покупает её на аукционе за
